Les acteurs de la gestion forestière en Afrique centrale
Introduction
A cause de ses ressources diversifi ées, la forêt fait intervenir des acteurs multiples, à niveaux variables et aux intérêts plus souvent divergents que convergents. L'identifi cation de ces acteurs est un préalable au développement de toute démarche de gestion durable des forêts d'Afrique centrale. Ceci est important autant pour des raisons de communication, de reconnaissance mutuelle des droits et devoirs des acteurs que d'implication de ceux-ci dans tout le processus de gestion, depuis les prises de décisions jusqu'à leur exécution et au suivi-évaluation des impacts.
Si des informations existent sur les acteurs forestiers dans divers documents ayant trait à l'Afrique centrale ou d'intérêt plus large (à titre d'exemple: Bahuchet et al. 2001; Borrini-Feyerabend et al., 2000; Colfer et al., 2000; Doumenge et al., 1994; Forests Monitor, 2001), le premier panorama général des acteurs forestiers d'Afrique centrale et occidentale a été réalisé par le projet Forafri (Gami & Doumenge, 2001). La synthèse qui est ici présentée est basée sur ce travail, complétée et remaniée pour les besoins du présent document sur «l'état des lieux des forêts du bassin du Congo». Elle n'est bien évidemment pas totalement exhaustive, ni la seule qu'il soit possible de dessiner. Les critères de choix de la typologie adoptée sont précisés plus loin mais il faut souligner d'ores et déjà que cette synthèse n'est pas le résultat d'un travail de recherche approfondi mais plutôt celui d'une réfl exion pratique et d'une synthèse des connaissances des auteurs.
Ce paragraphe donne une idée sur la diversité des acteurs dans le domaine forestier, leurs rôles et leurs intérêts dans la gestion du massif forestier d'Afrique centrale. Il reste donc perfectible et devrait être amélioré dans les futures évaluations du paysage institutionnel régional, en particulier dans les prochains rapports sur l'état des forêts.
Typologie
Nous nous sommes attachés ici à présenter les acteurs jouant un rôle direct dans la gestion, l'exploitation et la conservation des forêts ou ayant un impact non négligeable dans ce domaine. D'autres acteurs peuvent avoir un impact plus indirect ou moins notable sur les forêts. Dans la plupart des cas, nous ne les avons pas pris en compte afi n de ne pas alourdir le texte.
Toutefois, dans des pays éminemment forestiers comme le Gabon ou la Guinée-Equatoriale, quels acteurs, quelles activités n'ont pas de liaison avec la forêt, n'ont pas d'impact direct ou indirect sur ces ressources? Par exemple, une baisse prévisible des revenus du pétrole peut entraîner un regain d'intérêt pour la forêt. Les activités pétrolières off shore peuvent avoir un impact sur les mangroves et toute la zone côtière du fait de pollution par les hydrocarbures. Bien que nous soyons conscients de ces liaisons, nous n'avons fait que mentionner leur existence sans entrer dans le détail de ces autres secteurs d'activités.
La typologie retenue est basée sur une approche croisée:
- « fonctionnelle »: relative à la place de ces acteurs dans le processus de gestion. Certains prennent les décisions, d'autres les exécutent ou apportent un appui fi nancier à la gestion et à l'aménagement des forêts (Figure 7.1)
- « institutionnelle »: ces acteurs sont aussi structurés en groupes organisés, plus ou moins reconnus en tant qu'entités distinctes ou groupes d'intérêts (organismes publics, entreprises privées, ONG ou associations, etc.)
Dans le cadre du présent exercice, nous avons mis de temps en temps l'accent sur des institutions ou des réseaux présentant un intérêt à l'échelle régionale; nous n'avons pas pu - faute de place - détailler le paysage institutionnel de chaque pays.
Enfi n, ce chapitre a pour objectif principal de présenter le tableau institutionnel régional dans le secteur forêt-environnement. Il n'était pas question ici de développer une analyse approfondie des rôles théoriques ou eff ectifs de chaque groupe d'acteurs et des déviances possibles par rapport à ces rôles. Une telle analyse a été esquissée dans Gami & Doumenge (2001). Certains éléments sont repris ici mais son développement demanderait beaucoup plus de temps et de place que ce qui était prévu dans le cadre de cet «état des lieux des forêts du bassin du Congo».
Figure 7.1. Les grands groupes d'acteurs du secteur forestier en Afrique centrale
Discussion finale
Cette revue met en évidence la diversité des acteurs intervenant dans le secteur forestier dans le bassin du Congo, et le rôle prééminent des institutions étatiques dans les prises de décision et la gestion des forêts. Cette diversité infl ue sur les problèmes de gestion, car les intérêts des acteurs sont souvent divergents. Mais, il faut souligner le rôle important joué par la COMIFAC pour faire converger les intérêts des diff érents acteurs vers une gestion responsable et durable des ressources naturelles de l'Afrique centrale. Certains de ces acteurs comme Greenpeace, Forest People Program, Rainforest interviennent pour rappeler aux autres l'importance et la prise en compte des peuples autochtones dans leur politique de gestion des ressources naturelles.
Si le secteur privé industriel évolue de plus en plus sur le terrain en gestionnaire légal ou de fait des forêts concédées, l'implication des ONG nationales et des populations rurales est encore très faiblement développée. Les principales raisons tiennent à leur faible degré d'organisation (même si cela est en voie d'amélioration), leur pouvoir d'infl uence et d'équilibrage faible (au regard, par exemple, du secteur privé industriel ou de certaines ONG internationales), et à des compétences encore faibles (bien qu'émergentes). Les relations de pouvoir et d'infl uence entre tous ces acteurs sont complexes et ne conduisent pas toujours à une gestion durable des ressources. Le secteur privé privilégie en général la rentabilité économique à la gestion durable de la ressource. Grâce à l'appui de certaines ONG internationales qui exercent une pression sur les gouvernements, cet aspect est actuellement minimisé.
L'un des éléments-clefs pour l'appropriation de leur propre développement par les ressortissants de la région reste la formation de jeunes experts en foresterie et environnement. Ceci est une priorité si l'on souhaite garantir une gestion durable des forêts du bassin du Congo pour les générations actuelles et futures. Il est en particulier nécessaire de renforcer le RIFFEAC dans la mise à jour des programmes de cours dans les écoles, de favoriser les échanges d'expériences entre les enseignantschercheurs des écoles forestières et universités, et de favoriser les relations entre ces scientifi ques et formateurs et le monde du travail.
Certaines diffi cultés de communication entre les acteurs, certaines diffi cultés liées à l'identifi - cation de partenaires dans le montage de projets, l'asymétrie fréquente d'information entre certains acteurs, tant en ce qui concerne les enjeux de la gestion durable des forêts que la connaissance réciproque des parties prenantes, pourraient être partiellement levées par la constitution d'une base de données sur les acteurs du secteur forestier. Cette base de données devrait inclure des profi ls d'institutions ainsi que la mention de contacts adéquats. Cette base de données devrait être accessible via Internet, permettant en outre d'eff ectuer des liaisons avec les sites web des institutions en question.
Comme cela a été précisé en début de chapitre, il n'était pas question de développer dans ces lignes une analyse exhaustive des acteurs dans le secteur forestier, de leurs rôles, de leurs intérêts, de leurs activités et de leur fonctionnement. Bien que cela soit souhaitable dans l'avenir, une telle analyse requerra un ensemble d'informations cohérentes dont nous ne disposons pas encore à l'heure actuelle. La mise en place d'une base de données telle que suggérée permettrait d'eff ectuer régulièrement cet état des lieux exhaustif des acteurs dans le secteur forestier du bassin du Congo. Cet «observatoire des institutions» permettrait en particulier de suivre le développement des activités d'une institution ou, de manière plus générale, de suivre l'évolution des rôles joués par les diverses catégories d'acteurs dans la gestion des forêts. Cela permettrait en outre d'inciter certaines institutions, tant nationales qu'internationales (ministères en charge des forêts, OAB, ONG nationales...), à mieux se faire connaître et à faire preuve d'une meilleure visibilité dans le paysage institutionnel régional.
Ce type d'observatoire pourrait en outre être décliné en un «observatoire des compétences» orienté vers la réponse aux questions suivantes: quelle personne fait quoi et dans quel domaine dans les pays du bassin du Congo? Pour ce dernier aspect, on pourra s'inspirer d'un travail qui a été amorcé en 2002 par le projet Forafri et l'ADIE pour la mise en place d'une base de données sur les compétences individuelles en matière de recherche forestière et environnementale dans la région.
















