Les acteurs politiques
Les décideurs politiques jouent le rôle principal dans l'élaboration et la mise en application des politiques forestières arrêtées tant au niveau international, régional, que national, provincial ou local. Ils défi nissent le cadre général dans lequel agissent les autres acteurs et ont, de ce fait, un impact important sur ces derniers. Ils sont en retour infl uencés par les autres acteurs en proportion du degré d'organisation et de la capacité de « lobbying » de ces derniers. Ils sont aussi soumis aux relations traditionnelles défi nissant les liens entre ces « élites » et leur base ou leurs réseaux de connaissances (relations de clientélisme).
Qu'il s'agisse des représentants des pays dans les organisations internationales ou des acteurs politiques régionaux et nationaux (préfets, gouverneurs, conseillers départementaux ou provinciaux, ministres, représentants des Etats dans les institutions régionales), toutes ces personnalités ont pour tâche principale de défi nir ou d'appuyer (cas des préfets, des gouverneurs...) les orientations des politiques forestières et environnementales à leur niveau de responsabilité. Pourtant, la plupart maîtrisent assez peu le domaine forestier ou environnemental. Pour être pertinentes, leurs prises de décisions doivent donc s'appuyer sur les avis de techniciens compétents. Mais toutefois, il faut souligner que les critères de désignation actuelle des représentants des diff érents pays dans les organismes régionaux ne se basent nullement sur des critères objectifs sur le plan technique (exemple: le manque d'appel d'offres pour les postes importants...).
Ces acteurs politiques, et en premier lieu les chefs d'Etats d'Afrique centrale, sont de plus en plus conscients du rôle-clef qu'ils peuvent jouer pour une gestion durable des ressources naturelles et un développement durable des sociétés humaines dont ils sont les représentants: « Les chefs d'Etat proclament: ...leur attachement au principe de conservation de la biodiversité et de la gestion durable des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale...Le droit de leurs peuples à compter sur les ressources forestières pour soutenir leurs eff orts de développement économique et social» (déclaration de Yaoundé, 17 mars 1999, lors du premier sommet des chefs d'Etat d'Afrique centrale sur la conservation et la gestion durable des forêts tropicales, reprise dans le traité COMIFAC, 2005). Pour les sociétés d'Afrique centrale, le rôle de ces leaders et leur volontarisme sont et seront fondamentaux pour la mise en place eff ective d'une gestion durable des ressources forestières. Ces discours et ces belles intentions ne pourront se concrétiser qu'avec un engagement fort et constant des acteurs politiques, en particulier des chefs d'Etats de la région (Doumenge & Ndinga, 2005).
Le sommet des chefs d'Etats sur les forêts du bassin du Congo tenu à Brazzaville en février 2005, et le traité qui en découle, est un des engagements forts pour la gestion durable des forêts en Afrique centrale.
Cette volonté s'est traduite, par exemple, par la création de la COMIFAC (Encadré 7.1 et Figure 7.2). Cette dernière renforce les organismes régionaux existants comme l'OAB (Encadré 7.2), institution traitant du commerce, de la transformation et de l'exploitation industrielle du bois mais qui s'intéresse depuis plusieurs années aux questions liées à l'aménagement forestier et à la certifi cation, en amont et en aval de ses préoccupations traditionnelles. Parmi les autres initiatives et institutions régionales, la CEFDHAC (Encadré 7.3), conférence des ministres et forum multi-acteurs, a permis de décloisonner les débats sur les forêts et l'environnement entre acteurs publics, ONG et secteur privé. L'existence de ce forum a fait réagir divers acteurs, soit dans le sens d'une meilleure collaboration, soit dans celui d'une résistance au changement. Le sommet des chefs d'Etats d'Afrique centrale (de Yaoundé, en 1999) et la COMIFAC ont sans aucun doute vu le jour suite aux soubresauts suscités par la CEFDHAC. Cette dernière a soutenu en outre la constitution du Réseau des parlementaires sur la gestion durable des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale, un réseau unique destiné à inciter et structurer l'implication des parlementaires dans les débats régionaux et nationaux sur les forêts (REPARCEFDHAC).

Figure 7.2. Schéma relationnel de la COMIFAC Source: COMIFAC (2006): Titre IV, article 31 des statuts.
Encadré 7.1. La Commission des forêts d'Afrique centrale
La COMIFAC, d'abord Conférence des ministres d'Afrique centrale avant de devenir une institution intergouvernementale sous-régionale, regroupe aujourd'hui dix Etats d'Afrique centrale. Elle a été créée en décembre 2000, à la suite du premier sommet des chefs d'Etat d'Afrique centrale sur les forêts tenu en mars 1999 à Yaoundé (Cameroun), à l'issue duquel une déclaration dite de Yaoundé a été signée par ces derniers. C'est l'organe politique et technique d'orientation, de coordination et de décision en matière de conservation et de gestion durable des écosystèmes forestiers en Afrique centrale. De ce fait, elle harmonise et coordonne les politiques forestières et environnementales de ses Etats membres.
Adopté par le conseil des ministres, le plan de convergence de la COMIFAC défi - nit les stratégies communes d'intervention des Etats et des partenaires au développement de l'Afrique centrale en matière de conservation et de gestion durable des écosystèmes forestiers et de savanes. Les axes stratégiques en sont:
- l'harmonisation des politiques forestières et fi scales,
- la connaissance de la ressource
- l'aménagement des écosystèmes
- la conservation de la diversité biologique
- la valorisation durable des ressources forestières / lutte contre la pauvreté / développement socio-économique / contrôle / fi lière bois / marché sous-régional du bois
- le renforcement des capacités / participation des acteurs / information / formation / sensibilisation
- la recherche - développement
- le développement de mécanismes de fi nancement
- la coopération et les partenariats
La COMIFAC travaille en étroite collaboration avec les autres institutions régionales ou africaines. On peut citer:
- l'Organisation africaine du bois (OAB)
- l'Agence intergouvernementale pour le développement de l'information environnementale (ADIE)
- l'Organisation pour la conservation de la faune sauvage en Afrique (OCFSA)
- le Réseaudes aires protégées d'Afrique centrale (RAPAC)
- la Conférence sur les écosystèmesde forêts denses et humides d'Afrique centrale (CEFDHAC)
Outre ces institutions régionales, la COMIFAC travaille avec les diff érents partenaires engagés dans la conservation et la gestion durable des forêts du bassin du Congo.
Pour en savoir plus: http://www.comifac.org/accueilfr.htm
Sources: Nagahuedi (2005), Hakizumwami & Ndikumagenge (2003) et COMIFAC (2006).
Encadré 7.2. L'Organisation africaine du bois (OAB)
Créée en 1976, l'OAB est un organisme international de coopération et de consultation dans les domaines de l'économie forestière et du commerce du bois. Elle a pour objet d'encourager ses Etats membres à étudier et à coordonner leurs activités pour leur permettre de mieux valoriser leurs produits forestiers. L'OAB rassemble 15 pays membres producteurs de bois africains; son siège est établi à Libreville (Gabon). En Afrique centrale, les Etats membres sont: le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, la RDC, le Gabon, la Guinée- Equatoriale et São Tomé et Principe. Les principaux objectifs assignés à l'OAB à sa création incluent:
- assurer entre les pays membres un échange continu d'informations et un soutien mutuel en ce qui concerne leurs politiques d'exploitation, de conservation et de valorisation des ressources forestières
- encourager l'élaboration des politiques nationales visant la conservation et l'utilisationdurable de leurs écosystèmes forestiers
- coordonner les politiques d'industrialisation des pays membres
- harmoniser les politiques de reboisement, d'aménagement forestier et d'environnement
En fait, les activités de l'organisation tournent principalement autour du secteur de l'exploitation industrielle du bois d'oeuvre. Depuis quelques années, l'OAB s'est engagée sur des questions telles que la défi nition et la promotion de principes, critères et indicateurs de gestion forestière durable.
Source: Christy et al. (2003) et Hakizumwami & Ndikumagenge (2003).
Encadré 7.3. La CEFDHAC et le REPAR
La Conférence sur les écosystèmes de forêts denses et humides d'Afrique centrale est une organisation sous-régionale regroupant les Etats, les organisations non gouvernementales nationales et sous-régionales, le secteur privé et les autres parties prenantes dans la gestion des forêts d'Afrique centrale: c'est le seul forum où tous les acteurs du secteur forêt-environnement peuvent se retrouver, échanger leurs points de vues, développer une vision commune et des partenariats. La CEFDHAC concrétise la volonté des parties prenantes de parvenir à une vision commune de la conservation et de l'utilisation des forêts de la région. Elle a pour but d'encourager ces acteurs à conserver leurs écosystèmes forestiers et à veiller à une utilisation durable et équitable des ressources qu'ils recèlent.
Elle se conçoit à la fois comme:
- un forum d'orientation à travers l'articulation de tous les groupes d'acteurs intervenant dans la région
- un forum dont l'ensemble des idées et des réfl exions concourt à la prise de décision par des autorités politiques impliquées dans les questions environnementales et forestières en Afrique centrale
- un forum de concertation et d'échange d'expériences ouvert à tous les intervenants du secteur forestier en vue d'une gestion équitable et durable des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale
La CEFDHAC a initié et appuie divers réseaux, dont le Réseau des parlementaires pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale (REPAR), créé à Libreville en 2002. Ce réseau a pour objectifs de permettre aux parlementaires de la région de partager leurs expériences législatives nationales respectives en matière de gestion des écosystèmes forestiers, de réfl échir sur des thèmes communs, de susciter la prise en compte des intérêts des communautés locales dans l'élaboration des textes législatifs en matière d'environnement, de contribuer par une action législative concertée à la sauvegarde et à la gestion durable des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale, de sensibiliser les Etats membres de la CEFDHAC sur la nécessité d'appliquer les conventions internationales relatives à l'environnement.
Le REPAR prévoit de convier à Yaoundé (Cameroun), en novembre 2006, la seconde conférence internationale sur l'implication des parlementaires dans la gestion durable des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale.
Pour en savoir plus: http://iucn.org/places/brac/programme/cefdhac/cefdhac.htm#brazzaville
Sources: UICN-BRAC (2006a) et CEFDHAC (2006).
















