Les acteurs de la gestion
Les acteurs regroupés dans cette catégorie ont en commun une participation active voire un intérêt direct dans la gestion des ressources forestières. Certains vivent dans et de la forêt, localement (populations rurales). D'autres vivent de la forêt mais obéissent aussi à des logiques externes (exploitants forestiers industriels). D'autres encore ne vivent pas directement de la forêt, mais sont les garants de leur bonne gestion (administrations).
Administrations des eaux et forêts et de l'environnement
Les administrations des eaux et forêts et de l'environnement ne tirent pas directement leurs revenus de la forêt, du moins en théorie, mais elles sont les garantes de sa bonne gestion. Elles doivent contrôler et sanctionner les manquements au respect des règles établies (exploitants forestiers, agriculteurs, chasseurs...). Ces administrations sont chargées de la mise en oeuvre, à travers les directions techniques, des politiques forestières décidées par les gouvernements. Leur rôle est traditionnellement fondamental dans la gestion des forêts et de l'environnement car, dans tous les pays d'Afrique centrale, les forêts appartiennent à l'Etat qui les gère au travers de ses institutions. Elles sont repré sentées du niveau central (administration centrale) jusqu'au niveau local (services opérationnels sur le terrain). Chaque pays a son propre arrangement institutionnel avec soit des regroupements de secteurs proches dans un même ministère, soit leur éclatement en plusieurs entités indépendantes (les services en charge des forêts et de l'environnement sont par exemple dissociés actuellement au Cameroun alors qu'ils sont réunis, depuis 2005, en un seul ministère au Gabon). Mais il faut souligner le fait que la corruption des agents de ces services par certains exploitants forestiers non respectueux des lois du pays est une pratique à déplorer.
Dans le cas de l'exploitation du bois d'oeuvre, la gestion est déléguée au secteur privé (voir plus loin). L'application des lois et des politiques reste du ressort de l'administration comme, par exemple, le contrôle des plans d'aménagement et des modalités d'exploitation. Le manque de moyens fi nanciers et humains mais aussi les infl uences des courants de pensée internationaux (privatisation, décentralisation, partage équitable des revenus, etc.) et parfois nationaux incitent ces administrations à sortir de «l'Etat forestier» et à évoluer vers un rôle de défi nition des normes et règles, de surveillance et de sanction, voire d'appui technique dans certaines circonstances, plus que de gestion même du territoire forestier (Karsenty, 2005). Toutefois, bien que des dispositions prévoient maintenant la délégation de gestion aux communautés rurales - comme au Cameroun, au Gabon, au Congo -, les forêts commu nautaires tardent à être mises en place ou le sont avec maintes diffi cultés.
Dans le cas des aires protégées, cette gestion reste souvent entre les mains des services étatiques; elle est rarement déléguée, sauf à des sociétés de chasse sportive. En eff et, même si la cogestion ou le transfert de compétences de gestion devient un sujet politique incontournable, sa concrétisation reste encore très en deçà des discours. Dans un paysage institutionnel marqué par la diversité des acteurs, l'empilement des normes offi cielles ou non et l'empilement des centres de pouvoir, les agents responsables de ces aires protégées avec l'appui des ONG internationales adoptent diverses attitudes et stratégies plus ou moins bénéfi - ques à la gestion de l'aire protégée: volonté d'appliquer les normes offi cielles au risque d'entrer en confl it avec les autres parties prenantes; utilisation de ces normes pour défendre des intérêts particuliers; utilisation des normes offi cielles et de la position de l'agent pour constituer un capital relationnel au service de ses objectifs professionnels (Nguinguiri, 2004). A l'échelle régionale, un organisme récent rassemblant des représentants des administrations de plusieurs pays, le RAPAC, a pour objectif de promouvoir le développement et la bonne gestion des aires protégées dans la région (Encadré 7.4).
Encadré 7.4. Le Réseau des aires protégées d'Afrique centrale (RAPAC)
Créé en mai 2000 à Yaoundé, dans le cadre de l'institutionnalisation du programme ECOFAC, le RAPAC est une association régionale regroupant les administrations en charge de la gestion des aires protégées de sept pays de la région. Chaque membre siégeant au RAPAC est mandaté par son ministère de tutelle.
Le RAPAC est une structure à vocation technique, spécialisée dans l'aménagement d'aires protégées. Il s'est fi xé comme objectif principal la promotion de la conservation et de la gestion rationnelle des ressources naturelles en Afrique centrale, en particulier à travers l'aménagement d'aires protégées dans ses pays membres.
Sept pays sont actuellement associés au RAPAC: il s'agit du Cameroun, de la Republique Centrafricaine, du Congo, du Gabon, de la Guinée-Equatoriale, de São Tomé et Príncipe, et du Tchad.
Les huit aires protégées actuellement concernées par le RAPAC sont:
- la réserve de faune du Dja (Cameroun)
- le parc national d'Odzala (République du Congo)
- le parc national de la Lopé (Gabon)
- le parc national de Monte Alén (Guinée-Equatoriale)
- la forêt de Ngotto (Centrafrique), futur parc national de la Mbaéré-Bodingué
- le site protégé correspondant au projet de développement des zones cynégétiques villageoises (Centrafrique)
- le parc naturel Obo (São Tomé et Príncipe)
- le parc national de Zakouma (Tchad)
Toute administration en charge des aires protégées de la région ainsi que toute aire protégée peut y adhérer. Des institutions de recherche et/ou de formation, des ONG environnementales, et des opérateurs privés concernés par la gestion des ressources naturelles, peuvent également être membres du RAPAC.
En mettant en réseau des aires protégées dont la gestion est eff ective, le RAPAC souhaite démultiplier les résultats enregistrés, créer des synergies, et provoquer un eff et d'entraînement en assurant une allocation effi cace des fi nancements accordés à la gestion des aires protégées. L'objectif est de faire du RAPAC un outil technique bénéfi ciant d'une vision globale de l'ensemble des initiatives d'aménagement des aires protégées en Afrique centrale, et aidant à l'émergence d'une stratégie régionale.
Pour en savoir plus: http://www.rapac.org/Presentation.htm
Source: RAPAC (2006)
Organismes publics ou parapublics
Dans certains pays, la gestion des aires protégées est confi ée à un organisme public qui dispose d'une indépendance de gestion. C'est le cas en RDC, avec l'ICCN (Institut congolais pour la conservation de la nature) et en Guinée- Equatoriale, avec l'INAP (Institut national des aires protégées). Au Gabon, le CNPN (Conseil national des parcs nationaux) est une structure particulière, organe de coordination directement rattaché à la présidence de la République, incluant tous les ministères concernés par la gestion des parcs nationaux. Cet organisme d'orientation des politiques et des stratégies n'est pas doté des moyens pour assurer la gestion des parcs mais un projet de loi est en cours d'élaboration pour la création d'une «agence des parcs nationaux».
Au Cameroun, tous les aspects touchant à l'aménagement et à la sylviculture sont gérés par l'ANAFOR (Agence nationale de développement des forêts), anciennement ONADEF (Offi ce national de développement des forêts). Parmi d'autres organismes publics ou parapublics: les instituts nationaux de cartographie, la SNBG (Société nationale des bois du Gabon) qui a l'exclusivité de la commercialisation de l'okoumé et de l'ozigo, ou des plantations forestières et des sociétés agroindustrielles pouvant avoir un impact important sur les forêts. Au Gabon et au Cameroun, par exemple, certains de ces organismes ont été privatisés (Hévégab-Gabon, Hévécam-Cameroun par exemple).
Privés industriels
Les exploitants forestiers industriels sont aussi inclus dans ce groupe de «gestionnaires», tant du fait de leur mandat premier d'exploitation du bois d'oeuvre que du rôle de plus en plus important qu'ils doivent assumer dans la pérennité des écosystèmes forestiers (Cassagne et al., 2004). Le secteur de l'exploitation forestière est l'un des moteurs des économies nationales des pays d'Afrique centrale. Les derniers quinze ans ont été le théâtre de grands changements dans ce secteur, avec la généralisation de l'exploitation forestière jusqu'aux forêts les plus reculées, le basculement de l'essentiel des ventes de bois de l'Europe vers l'Asie et la montée en puissance de l'implantation des sociétés asiatiques.
Comme dans beaucoup de cas (ONG, populations rurales...), cette catégorie renferme une grande diversité d'intervenants, depuis les sociétés qui s'occupent de la récolte du bois en forêt jusqu'à celles qui assurent sa transformation, en passant par les négociants uniquement préoccupés de commerce international. Se côtoient aussi de petites sociétés nationales et des sociétés appartenant à de grands groupes internationaux actifs dans d'autres secteurs socioéconomiques, chacune ayant ses logiques propres et des pratiques plus ou moins en accord avec les principes de l'exploitation durable des ressources forestières (Bikié et al., 2000; Colomb et al., 2000; Forests Monitor, 2001; Gami & Doumenge, 2001; Christy et al., 2003; Ruiz Perez et al., 2005). Enfi n, tout un pan de l'exploitation forestière est mené, plus ou moins légalement, par de petits exploitants travaillant de manière artisanale. C'est le cas au Cameroun avec le développement de la fi lière rotin ou du Gnetum africanum (vendu au Nigeria voisin). Ces activités se développent dans l'informel et sans véritables normes d'exploitation légales pour s'assurer d'une gestion durable de la ressource.
Une partie de ces acteurs sont regroupés dans des syndicats nationaux: APMEC (Associaçao dos pequenos e medios empresarios de Cabinda, Angola), GFBC (Groupement de la fi lière bois au Cameroun) et AEFNA (Association des exploitants forestiers nationaux du Cameroun), UNICONGO (Congo), SYNFOGA (Syndicat des producteurs et industriels du bois du Gabon), FEC (Fédération des entreprises du Congo, RDC). Ce regroupement non seulement permet aux Etats d'avoir des interlocuteurs valables mais aussi ceux avec qui peuvent être discutés certains aspects importants dans le cadre de l'aménagement des forêts exploitées.
La plus grande part des concessions et des permis forestiers, en termes de superfi cies, est exploitée par de grands groupes d'origine européenne (Danzer, Rougier, tt Timber, Th anry, Wijma, ...) et plus récemment asiatique (Man Fai Tai, Rimbunan Hijau, Taman Industries...). Pour s'implanter, ces derniers ont soit créé de nouvelles sociétés soit racheté d'anciennes sociétés à capitaux européens (par exemple: Vicwood, société dominée par des intérêts chinois de Hong Kong qui a racheté les fi liales camerounaises de Th anry, société à capitaux français; Forests Monitor, 2001). En quelques années, ces grands groupes asiatiques fonctionnant sous forme de réseau se sont fortement implantés en Afrique centrale. Quelle que soit l'origine culturelle de ces réseaux (asiatique, libanaise ou italienne), les performances obtenues semblent s'expliquer par la vitesse et la mobilité du capital, par une structure très fl exible en groupements non contractuels et en associations d'entreprises, par une vision de l'exploitation à l'échelle mondiale et une insertion dans des grands réseaux fi nanciers dépassant le secteur forestier en tant que tel (Roda & Mabiala, 2005).
Certains de ces grands groupes sont présents par leurs fi liales dans plusieurs pays. Ils agissent au niveau local (sites d'exploitation) où ils sont souvent le seul agent de développement rural ou considéré comme tel par les populations rurales, avec une représentation dans la capitale du pays concerné; les fi liales peuvent ne pas porter le nom de la structure mère. Par exemple, Th anry a pour fi liale au Gabon la CEB (Compagnie équatoriale des bois), tt Timber est représenté par la CIB (Congolaise industrielle des bois) au nord Congo, etc. Le secteur forestier étant généralement l'un des grands employeurs des pays de la région et un pourvoyeur de devises non négligeable, tous ces grands groupes représentent un poids socioéconomique important. Ils disposent aussi de connexions politiques nationales, voire internationales.
Certaines de ces entreprises sont actives dans les fora forestiers internationaux, en particulier à travers l'IFIA, une association regroupant les plus importantes sociétés forestières européennes (Encadré 7.5). Certaines de ces sociétés ont adopté un code de déontologie de la gestion durable des concessions forestières, développé par l'IFIA avec l'appui de la CEFDHAC. Elles s'engagent aussi dans la mise en place de plans d'aménagement et d'une exploitation plus durable (c'est, par exemple le cas de la CEB, de Leroy-Gabon ou de Rougier au Gabon, de la CIB au Nord-Congo, etc.). D'autres vont plus loin en s'engageant dans des processus de certifi cation forestière mais il faut noter que, d'une manière générale, le monde de l'exploitation forestière industrielle en Afrique centrale reste encore très opaque et souff re de nombreux passe-droits favorisant l'exploitation illégale ou de «type minier» des forêts.
Encadré 7.5. Interafrican Forest Industries Association (IFIA)
Fondée en 1996, l'IFIA regroupe, à travers divers syndicats, environ 300 entreprises forestières opérant en Afrique. Dans le bassin du Congo, ses membres sont présents au Cabinda (Angola; APMEC), au Cameroun (GFBC et AEFNA), en Centrafrique, au Congo (UNICONGO), au Gabon (SYNFOGA) et en RDC (FEC). L'IFIA rassemble des sociétés forestières appartenant à de grands groupes internationaux tels que Danzer (IFO au Congo; SIFORCO en RDC), Sonae à travers Isoroy/Plysorol (Leroy Gabon), Rougier (SFID au Cameroun, Mokabi au Congo et Rougier Gabon), Th anry International (CEB au Gabon), tt Timber (CIB au Congo; GIB au Gabon), Wijma (Wijma Douala au Cameroun)... mais aussi des sociétés de taille moyenne présentes dans un seul pays (Likouala Timber au Congo, Panagiotis Marelis au Cameroun, SBL au Gabon, SODEFOR en RDC...).
Les objectifs de l'IFIA sont les suivants:
- contribuer activement au développement économique et social des pays d'implantation en valorisant la ressource forestière de façon durable
- soutenir un réseau de communication et d'information lié aux intérêts des membres et autres professionnels
- représenter les intérêts de l'industrie au niveau international
- promouvoir la valorisation durable des forêts
- promouvoir auprès des partenaires administratifs, industriels et commerciaux une meilleure gouvernance et déontologie
- être actif dans les secteurs économiques et sociaux des pays où ses membres sont établis via, par exemple, la promotion de l'industrialisation locale, la création d'emplois, la formation du personnel, la mise en place d'infrastructures sociales...
Pour en savoir plus:
- sur l'IFIA (http://www.ifiasite.com/index.php?rub=Présentation&langue=fr)
- sur le groupe Danzer (http://www.danzer.de/fr/02/02.html)
- sur les groupes Sonae (http://www.sonae-industria-tafisa.com/fra/index.htm) et Isoroy (http://www.isoroy.fr/pages/index.htm) et la société Plysorol (http://www.plysorol.fr/)
- sur le groupe Rougier (http ://www.rougier.fr/)
- sur le groupe tt Timber (http ://www.tt-timber.com/servlet/control/wtk_page/PublicSite@fr/wtk_invoker/PublicSiteMenu/menuid/21105/)
- sur Wijma (http://www.wijma.com/english/home/index.asp)
Source: IFIA (2006).
Privés artisanaux
Dans le cadre des fi lières privées organisées, nous avons relevé trois types d'acteurs jouant un rôle important: les commanditaires (des élites urbaines le plus souvent), les intermédiaires et transporteurs, et les producteurs. Sous le terme de producteurs se cache en fait une grande diversité d'acteurs: possesseurs de tronçonneuses et autres producteurs individuels de bois, charbonniers, chasseurs locaux ou étrangers aux terroirs, agricultrices, collecteurs de produits forestiers non ligneux (PFNL) y compris de plantes et d'animaux à des fi ns médico-magiques, etc.
Bureaux d'études
Nous parlerons plus spécifi quement des bureaux d'études au chapitre concernant les acteurs de l'appui-conseil, même si certains peuvent parfois être directement impliqués dans des opérations de gestion, se substituant plus ou moins aux opérateurs étatiques défaillants. Ce fut, par exemple, le cas dans la mise en oeuvre par Agreco du programme ECOFAC (Conservation et utilisation rationnelle des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale) d'appui aux aires protégées de la région. Dans un autre domaine, la société SGS (Société générale de surveillance, dont fait partie SGS-Forestry) supplée par exemple aux administrations camerounaise ou congolaise dans le contrôle du commerce du bois.
Syndicats professionnels
Les travailleurs sont généralement affi liés aux syndicats reconnus dans leur propre pays. Quelques syndicats professionnels comme le SYNFOGA, au Gabon, ont été mentionnés cidessus, dans la partie concernant le secteur privé forestier. En RDC, la FEC regroupe divers secteurs socio-économiques, les professionnels de la forêt et du bois n'en représentant qu'une partie.
Organisations non gouvernementales
Les ONG relèvent aussi plus spécifi quement du groupe des acteurs de l'appui-conseil. Toutefois, certaines d'entre elles, des ONG nationales ou internationales qui ont des projets de terrain, peuvent être directement impliquées dans des actions de gestion (WWF - Fonds mondial pour la nature ou WCS - Société de conservation de la faune sauvage, par exemple). Elles comblent ainsi certaines défi ciences des services de l'Etat. Certaines organisations nationales directement intéressées par la conservation et la valorisation locale et durable des forêts se sont rassemblées dans un réseau dépassant les limites du bassin du Congo, le RAAF (Réseau africain d'action forestière; CEFDHAC, 2006). Actuellement, les ONG comme WCS interviennent de manière effi cace au Gabon, en République du Congo et en République démocratique du Congo dans le cadre de l'aménagement des aires protégées et du développement de l'écotourisme. Ces ONG, grâce aux fi nancements extérieurs, participent au renforcement des capacités locales par la formation des jeunes cadres dans le domaine de la conservation des ressources naturelles.
Populations
Dans cette catégorie, nous mettrons un accent particulier sur les populations forestières, qu'elles soient Bantou ou Pygmées. Ces populations rurales vivent dans les forêts et sont entièrement ou au moins largement dépendantes des ressources forestières pour leur survie. Ce qui n'est pas le cas des administrations, d'un certain nombre d'exploitants forestiers privés, ou de responsables politico-administratifs attributaires de permis forestiers pour lesquels ils constituent une assurance retraite ou perte d'emploi. L'exploitation des produits de la forêt ou son défrichage pour l'agriculture procurent à ces populations forestières des revenus leur permettant de faire face aux besoins de la vie quotidienne (alimentation, santé, éducation, habitat, rituels...).
Chez les peuples bantous, le phénomène des «élites» doit être mentionné car ces dernières, même si elles peuvent vivre loin des forêts, gardent un pouvoir important sur les décisions locales qui sont prises à leur sujet. L'élite peut être le fi ls du village devenu député, ministre, grand administrateur de l'Etat, ceci vu à l'échelle nationale. Au niveau local (village), l'élite peut être l'instituteur du village, l'infi rmier, etc. Les élites villageoises ou provinciales jouent essentiellement le rôle de courroie de transmission entre la population et la «grande élite» résidente en ville. Généralement, aucune décision importante engageant le village ne peut être prise sans l'avis des élites vivant en ville.
Les populations rurales sont considérées ici sous l'angle d'utilisateurs locaux des ressources naturelles: communautés villageoises utilisant leurs terroirs à des fi ns de subsistance ou commerciales et populations exogènes. Ce dernier sousensemble est impliqué dans une exploitation de rente avec une organisation structurée en réseaux ou fi lières: viande de brousse dans tous les pays; rotin au Cameroun et au Gabon; Gnetum ou Koko, en Centrafrique, etc. Ce sont des exemples de l'interface ville-forêt.
Bien qu'encore timide, la gestion de la forêt tend actuellement vers une plus grande implication des populations locales (gestion en partenariat). Cette implication se fait le plus souvent selon deux cas de fi gure: l'initiative peut venir de la population ou de l'administration. Dans ce contexte, le rôle des élites ne doit être ni oublié ni minimisé. On peut citer l'exemple du sanctuaire de gorilles de Lossi en République du Congo et tant d'autres exemples au Cameroun.
Les processus de gestion délocalisée ou en partenariat incitent les populations à se structurer en groupes organisés qui seront offi ciellement chargés de la gestion des ressources. Ces groupes peuvent contribuer à la régulation de l'utilisation des terroirs à des fi ns de subsistance et d'exploitation commerciale, ainsi que dans le contrôle des populations exogènes impliquées dans l'exploitation de rente (chasse, cueillette, agriculture). Toutefois, les relations de parentés (clan, lignage) et d'alliances matrimoniales ont tendance à briser certaines barrières par des obligations culturelles d'accueil ou de partage, qui peuvent remettre en question les décisions collectives avalisées par l'administration.
La mise en place de forêts communautaires ou communales, comme cela est prévu au Cameroun, s'en trouve nécessairement compliquée. Cela est d'autant plus vrai que la culture associative à laquelle il est fait appel dans les processus gouvernementaux (ou par le biais des ONG), impliquant la désignation de représentants de la collectivité et limitant les membres de cette collectivité aux personnes physiquement présentes sur le territoire en question à un moment donné, ne fait pas partie de la culture traditionnelle des peuples forestiers. Une porte d'entrée pour le contrôle de l'utilisation des ressources sur un territoire donné passe par l'identifi cation et l'aide à l'organisation de groupes d'intérêts (chasseurs, collecteurs, orpailleurs, agricultrices, etc.).
D'autres exemples de tentatives d'offi cialisation de la régulation collective de gestion des terroirs nous viennent du Congo, dans le cadre de la création ou de la gestion d'une aire protégée. L'Association des enfants des terres de Lossi (AETL) fut, par exemple, à la base de la création de la première aire protégée à l'initiative des communautés locales en se basant sur le droit coutumier: le sanctuaire de gorilles de Lossi. Ces expériences sont encore fragiles car ces acteurs locaux subissent facilement les infl uences d'élites aux intérêts divers, de politiques ou d'exploitants privés.
Des exemples intéressants d'implication des communautés autochtones dans la gestion des ressources naturelles et la défense de leurs droits nous viennent aussi du sud-ouest du Cameroun où les ONG camerounaises CED (Centre pour l'environnement et le développement) et PS (Planet Survey), appuyées par l'ONG internationale FPP (Forest People Project), ont pu aider les Pygmées Bagyeli à accéder à la citoyenneté, à la terre et à la participation aux réunions de la plate-forme multipartenaire pour leur promotion. Certains groupes minoritaires, peu présents traditionnellement dans les débats régionaux, ont mis en place depuis plusieurs années des réseaux régionaux leur permettant de préparer des positions communes, de se faire entendre, et d'agir de manière plus coordonnée: le Réseau des femmes africaines pour le développement durable (REFADD) (Encadré 7.6), le Réseau des populations autochtones et locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d'Afrique centrale (REPALEAC), constitués dans la mouvance de CEFDHAC.
Encadré 7.6. Le Réseau des femmes africaines pour le développement durable (REFADD)
Créé en juin 1998 à Bata, en Guinée-Equatoriale, en marge de la deuxième CEFDHAC, le REFADD est un réseau d'ONG majoritairement féminines oeuvrant à la gestion durable des ressources naturelles. Les pays membres du REFADD sont: le Burundi, le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée-Equatoriale, la RDC et le Rwanda. Le REFADD s'est fi xé pour mission de «promouvoir la participation eff ective des femmes africaines au développement durable à travers leur implication dans les programmes de gestion durable des ressources naturelles et à la conservation de la biodiversité en Afrique centrale».
Le réseau a pour objectifs spécifi ques:
- d'identifi er des stratégies pour favoriser la participation des ONG (majoritairement féminines) dans l'élaboration, la réalisation et le suivi des programmes nationaux et régionaux de développement durable
- de faire prendre conscience à l'humanité du rôle déterminant que peuvent jouer les femmes dans la gestion durable des ressources naturelles
- de promouvoir le renforcement des capacités des ONG à travers leur formation et leur information en vue de la participation des populations locales en général et des femmes en particulier, à la prise de décisions sur les questions liées au développement durable
- d'améliorer la communication, le dialogue et les synergies entre les ONG et les acteurs impliqués dans la gestion durable des ressources naturelles en Afrique centrale
- de concilier les besoins de conservation au développement à travers la promotion des activités alternatives et le renforcement des capacités des membres (appuis fi nancier, technique, et institutionnel)
- de développer les stratégies de recherche des fi nancements durables
- de partager les leçons apprises au niveau national, sous-régional, régional et international
Des représentantes du réseau participent régulièrement aux réunions et processus régionaux et internationaux relatifs à l'environnement et aux forêts. Le réseau a mis en place divers micro-projets de lutte contre la pauvreté et de conservation de la biodiversité: valorisation des produits forestiers non ligneux (Cameroun), culture des champignons (Burundi), élevage d'aulacodes (Cameroun), conservation de la réserve forestière de Mukura (Rwanda), obtention des micro-crédits pour les femmes (Congo), formation de paysans en agroforesterie (Bas-Congo, RDC), gestion de la faune et lutte contre l'exploitation illégale dans les concessions forestières (divers pays).
Source: REFADD (2006) et CEFDHAC (2006).
















