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Les acteurs de l'appui-conseil

Ces acteurs possèdent des connaissances techniques, scientifi ques et pratiques importantes pour la conservation et l'exploitation durable des forêts dans un contexte mondial changeant. Ils ont un rôle-clef dans la défi nition des lois et des règlements, en appui aux acteurs politiques, et dans la mise en application de ces textes, en appui aux gestionnaires. Dialogue et construction de référentiels communs doivent motiver l'appui fourni par ces acteurs.

Publics

Certaines organisations internationales, en particulier du système des Nations Unies, jouent un rôle important dans les débats internationaux relatifs aux forêts et s'impliquent aussi aux échelles nationales dans la défi nition des politiques et des stratégies forestières. Citons simplement ici la FAO (département des forêts de l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture) et le PNUE (Programme des Nations-Unies pour l'environnement, y inclus le WCMC, Centre mondial de surveillance de la conservation).

Les secrétariats mondiaux et les représentants nationaux de certaines conventions internationales jouent aussi un rôle de «chien de garde» mais également parfois un rôle d'appui technique et fi nancier pour la concrétisation des engagements pris par les Etats. Outre la convention sur la diversité biologique (CDB), la convention sur les changements climatiques, la convention sur la désertifi cation, la convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES), c'est en particulier le cas pour la convention de Ramsar et pour celle concernant les sites du patrimoine mondial. Les secrétariats de ces deux dernières conventions sont respectivement abrités par l'UICN et l'UNESCO (Organisation des Nations-Unies pour l'éducation, la science et la culture), l'UICN apportant un appui scientifi que et technique à toutes deux. La CITES est conseillée par l'UICN et tous les groupes de spécialistes qui y sont associés (groupes de spécialistes sur l'éléphant d'Afrique, sur les primates, etc.) et bénéfi cie largement d'un réseau de surveillance du commerce international (Traffi c) créé à l'initiative de l'UICN et du WWF.

Au niveau national, les services techniques des ministères, s'ils sont chargés de faire appliquer les textes de lois et de gérer les forêts, jouent aussi un rôle d'appui-conseil auprès des acteurs politiques dans la préparation de ces mêmes textes de lois. Avec certaines évolutions actuelles, en particulier celles liées à la responsabilisation des communautés locales pour la gestion des forêts, ces services tendent à se retirer d'un rôle de gestionnaire direct vers des rôles d'appui-conseil, de suivi-évaluation et de sanction.

Parmi les organismes semi-publics, on notera par exemple la GTZ (Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit), société créée par le gouvernement allemand et chargée d'appliquer sa politique de coopération. C'est plus une organisation d'appui qu'un bailleur de fonds en tant que tel.

Sociétés privées et bureaux d'études

Le rôle principal de ces acteurs est d'appuyer les acteurs locaux et de les former à la gestion durable des ressources, mais ils tendent souvent à réaliser eux-mêmes les travaux pour lesquels ils sont contractés sans prévoir suffi samment la formation de capacités locales et le transfert de leurs activités à des nationaux. C'est un problème à résoudre si l'on veut que les Africains d'Afrique centrale s'approprient la gestion durable des ressources de leurs pays.

Ces acteurs ont généralement des sièges internationaux bien loin de la région (Europe et Canada en particulier) mais mettent parfois en place des représentations ou fi liales régionales. C'est, par exemple, le cas de l'ONF International (Offi ce national des forêts), qui a créé avec Luso Consult une fi liale en Afrique centrale (Sylvafrica avec siège à Libreville - Gabon) orientée vers l'appui aux exploitants forestiers pour la mise en place de leurs plans d'aménagement. Dans le même secteur de l'appui à l'exploitation forestière durable, on trouve des bureaux d'étude travaillant essentiellement depuis leur base (FRM - Forêts, ressources, management, en France, par exemple) ou, au contraire, installés dans la région (Terea, au Gabon, par exemple).

Dans le secteur de l'environnement, les bureaux de l'appui-conseil montent parfois des partenariats avec d'autres institutions, notamment des organismes semi-publics ou des ONG. Ces structures et associations temporaires, multipartenaires, sont fréquentes dans le cadre de l'exécution de grands projets intégrés requérant des compétences très diverses et surtout des moyens fi nanciers propres très importants.

Organisations non gouvernementales

Plusieurs ONG internationales travaillent en Afrique centrale. Elles ont leur siège dans les grands pays industrialisés d'Europe ou d'Amérique. Même si conservation et développement local sont de plus en plus et de mieux en mieux associés dans les politiques et les projets de ces organisations, le point d'entrée de leurs actions est soit la conservation de la biodiversité (CI, UICN, WCS, WRI, WWF,...), soit la protection et la promotion du développement des populations forestières (RAN - Rainforest Action Network; Survival International, FPP - Forest People Program).

Des ONG de développement ou humanitaires travaillent aussi depuis de nombreuses années en Afrique centrale, où elles appuient les populations ou de petites ONG et associations locales. Parmi le grand nombre d'ONG présentes ou actives dans la région, certaines touchent plus ou moins directement à la forêt et à l'environnement: l'Association française des volontaires du progrès (AFVP), les Amis de la Terre, CARECongo en RDC, la SNV (Stichting Nederlandse Vrijwilligers),...

La très grande variabilité de ces institutions, tant en termes institutionnels (organisations de volontariats, ONG professionnelles, associations confessionnelles...), d'objectifs (humanitaires, d'appui au développement local, d'appui au développement de capacités humaines...) ou d'actions, mériterait une analyse plus fi ne qu'il n'est possible de le faire ici (Redford et al., 2003, Olivier, 2004). Parmi les grandes ONG internationales, certaines disposent de représentations régionales ou nationales (UICN-BRAC, WCS, WWF-CARPO,...) alors que d'autres délèguent uniquement du personnel sur des projets de terrain ou travaillent essentiellement sous forme de missions.

Pour compliquer le paysage, certaines ONG ne sont pas des entités bien individualisées mais plutôt des ensembles dont les diverses parties peuvent agir dans la région, de concert ou non. C'est par exemple le cas de la « nébuleuse » WWF, avec les WWF-US, WWF-Belgique, WWF-Pays-Bas et WWF-International, travaillant directement ou soutenant des projets dans la région. L'UICN est aussi un cas à part, car c'est à la fois une organisation non gouvernementale et gouvernementale, ayant certains Etats de la région pour membres. C'est aussi l'organisation internationale de référence pour tout ce qui touche aux aires protégées et aux espèces en danger de disparition, par exemple. Ses activités sont coordonnées en Afrique centrale par le Bureau régional pour l'Afrique centrale (BRAC) basé à Yaoundé.

Ces grandes organisations sont présentes depuis les débats politiques mondiaux ou régionaux jusqu'à la gestion de projets de terrain de conservation-développement (projet WWFMinkébé au Gabon; projet WWF-Campo Ma'an au Cameroun, par exemple).

Certaines de ces ONG s'associent parfois de manière plus ou moins durable pour l'exécution de projets communs, parfois en partenariat avec d'autres acteurs institutionnels. C'est le cas du WWF et de l'UICN, qui ont créé le réseau Traffi c pour l'appui à la CITES et le suivi du commerce international de la biodiversité, y compris celui du bois. De la même manière, plu58 sieurs grandes ONG (AWF - African Wildlife Foundation, CARE, CI, WCS, WRI, WWF,...) se sont associées avec des agences fédérales américaines (USFWS - United States of America Fish and Wildlife Service, USDA-FS - United States of America Department of Agriculture-Forest Service,...) pour l'exécution du programme CARPE (Programme régional pour l'environnement en Afrique centrale); CARPE est le canal de fi nancement du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique dans le cadre du PFBC.

Autre acteur un peu hybride qu'il convient de mentionner: l'Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT), préoccupée par le développement et la durabilité de la fi lière des bois tropicaux. Elle appuie le secteur privé de l'exploitation forestière et joue un rôle de conseil ou de transfert d'informations vers les acteurs privés. L'ATIBT regroupe des acteurs provenant d'organisations internationales, d'institutions de recherche-formation et du secteur privé.

Si les ONG nationales de développement étaient déjà bien présentes dans certains pays depuis plusieurs décennies (Cameroun et RDC en particulier), les ONG nationales d'environnement ne se sont développées que depuis la conférence de Rio, en 1992. Sans faire un état des lieux détaillé de ces ONG, il convient de préciser que la plupart d'entre elles ne fonctionnent pas réellement en tant qu'ONG car n'ayant pas de moyens fi nanciers (cotisations trop faibles ou non recouvrées). Depuis quelques années, certaines ONG nationales ou locales se sont toutefois fait connaître par leur sérieux et leur engagement. Elles commencent dans certains pays à devenir des partenaires crédibles et actifs, soit dans les débats politiques soit sur le terrain.

La plupart des ONG nationales ou locales réellement engagées dans la conservation et le développement durable sont soutenues par des ONG internationales ou par des projets régionaux. Elles sont dans ce cas contraintes d'appliquer la politique de ces grandes ONG pourvoyeuses de fi nances. Ce sont souvent des ONG d'éducation environnementale ou de vulgarisation (Les Amis du Pangolin au Gabon; l'Alliance nationale pour la nature (ANN), au Congo; Planet Survey et le CED, au Cameroun), voire des ONG orientées vers l'écotourisme et le suivi des populations de tortues marines (ASF - Aventure sans frontières, au Gabon). Ces ONG eff ectuent parfois ellesmêmes des activités de terrain mais peuvent aussi jouer un rôle d'appui-conseil. Certaines ONG locales se sont fait une spécialité d'appuyer l'autoorganisation à la base (PIL - Promotion des initiatives locales, Kivu, RDC; Planet Survey - Projet Promo Bagyeli dans le département de l'Océan au sud-ouest du Cameroun) ou le transfert d'informations et l'éducation (BEST - Bureau d'études scientifi ques et techniques, Kivu, RDC).

Réseaux

Nous avons déjà présenté quelques réseaux: le REPAR (Encadré 7.3), le RAPAC (Encadré 7.4) ou le REFADD (Encadré 7.6). Toutefois, il est bon de revenir plus spécifi quement sur cet engouement pour cette forme institutionnelle souple, permettant de décloisonner les acteurs forestiers de chaque pays et de développer des synergies régionales entre les groupes d'acteurs concernés (CEFDHAC, 2006).

Outre les réseaux mentionnés, on peut citer aussi le Réseau arbres tropicaux (soutenu par l'association Silva), qui a mis en place des groupes nationaux dans divers pays de la région. Il a pour objectifs l'échange et la diff usion des informations pratiques et utiles sur les utilisations et la gestion des ressources naturelles des zones tropicales, sèches et humides, principalement en Afrique. Le Réseau de gestion en partenariat (cogestion), mis en place par un projet UICN-GTZ, a pour but de relier des personnes travaillant dans des projets mettant en oeuvre la gestion en partenariat des aires protégées en Afrique centrale. Ce réseau a aussi suscité la mise en place d'une autre plateforme en reliant entre eux des enseignants d'écoles forestières de la région.