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Populations humaines

Agriculture, élevage et utilisation des ressources spontanées de la forêt

Dans les forêts planitiaires

Dans la majeure partie de l’Afrique centrale forestière, se pratique une agriculture itinérante sur brûlis (essartage), dont la période de jachère, qui s’étendait jadis sur 10 à 20 ans, tend actuellement à se réduire. L’élevage est quasi absent et se réduit à celui des chèvres, qui bien souvent ne servent que de « bien » d’échange lors de mariages ou certaines autres cérémonies. L’essentiel des protéines animales provient de la chasse et de la pêche. Dans ces régions, se développe ainsi un paysage en mosaïque comprenant des forêts anciennes, des forêts plus jeunes et des zones culturales avec cultures, jachères et espace villageois.

Au cours des derniers 20-30 ans, la chasse est devenue une activité hautement commerciale qui tend à approvisionner les communautés urbaines (Bennett & Robinson, 2000). Malgré un très fort taux d’urbanisation, une partie non négligeable de la population continue en effet à dépendre des ressources spontanées de la forêt. Dans la plupart des pays, l’amélioration des voies de communication, l’ouverture des massifs forestiers par l’exploitation industrielle et la forte augmentation du nombre de véhicules, surtout l’avènement des véhicules 4x4, facilite cette évolution dont le résultat final est la disparition de la faune forestière et, indirectement, la « spoliation » des populations rurales qui en dépendaient pour leurs protéines. En RDC, l’insécurité et les troubles ont chassé certaines populations loin des routes. L’agriculture s’est effondrée et les populations se sont rabattues sur les ressources de la forêt. Une situation extrême existe au cœur de la cuvette congolaise, où les chasseurs-braconniers du parc national de la Salonga approvisionnent la ville diamantaire de Mbuji-Mayi à 350 km au sud (EdF, 2006). Ailleurs, notamment au Cameroun et au Gabon, des populations urbaines affectées par le chômage se sont aussi rabattues sur la chasse commerciale comme moyen de subsistance (Bennett & Robinson, 2000).

La disparition de la grande faune sur de vastes étendues, notamment en RDC, a pour effet que la pêche devient la première source de protéines animales (EdF, 2006). Malheureusement, le développement de l’élevage — petit élevage et grand élevage confondus — se heurte souvent à des obstacles écologiques, culturels, économiques ou socio-politiques et à des habitudes engendrées par la mal-gouvernance.

Dans ces mêmes régions, des produits forestiers non ligneux, alimentaires ou pharmaceutiques, sont aussi beaucoup utilisés. Certains font l’objet d’un commerce important et quelques-uns sont en voie de raréfaction locale. C’est le cas du Gnetum au Congo, par exemple (EdF, 2006).

Dans les forêts d’altitude

Dans les régions d’altitude du rift Albertin et du Cameroun occidental, se pratique une agriculture intensive avec période de jachère très courte, parfois même inexistante. Dans ce cas, les agriculteurs pratiquent plutôt l’alternance des cultures. Cette forme d’agriculture est possible grâce à la fertilité des sols, surtout lorsqu’ils sont d’origine volcanique, et au climat. A cette agriculture, ou à côté de cette agriculture, existe toutefois un élevage transhumant de bovins, qui non seulement utilise les herbages naturels mais aussi les champs épuisés et les jachères où il entrave toute forme de régénération forestière (Vande weghe, 2004).

Dans ces régions, la forêt a donc tendance à disparaître totalement — ce n’est qu’une question de temps. Au Rwanda par exemple, les forêts naturelles ne représentent plus que 5-6% de leur couvert originel (lors du dernier climax forestier) et la déforestation a commencé il y a au moins 2.000 ans (Van Grunderbeek et al., 1981). Dans le Cameroun occidental, le paysage des « Grass Fields », au nord du plateau de Bamenda, est lui aussi très ancien et largement anthropogénique.

Dans ces régions, les populations utilisent d’ailleurs relativement peu les ressources spontanées de la forêt, si ce n’est quelques matériaux de construction et des produits pour la pharmacopée traditionnelle. La chasse n’est pratiquée que de manière marginale. Dans la forêt de Nyungwe au Rwanda, par exemple, elle ne s’est développée de manière importante qu’avec l’arrivée de l’orpaillage (Vande weghe, obs. pers.). Dans l’ensemble, les populations de ces régions d’altitude voient la forêt comme un espace en attente de défrichement. Au Cameroun occidental, il existe toutefois des formes de protection traditionnelle des forêts subsistantes (EdF, 2006). Paradoxalement, ces îlots restants de forêt sont souvent relativement bien préservés et supportent encore une faune importante.